Espace CoLab : une initiative inclusive de l'Adapei 69

L'idée développée par l'association ? Réunir dans un même espace - en l'occurence les locaux de l'ESAT Jacques Chavent - un lieu de co-working pour les porteurs de projets tournés vers le développement de services et outils, permettant aux personnes en situation de handicap de gagner en autonomie, ainsi qu'un concept de "Living Lab", une sorte de laboratoire "grandeur nature" in situ.

Les porteurs de projets peuvent échanger avec les personnes handicapées, les représentants de l'association et ajuster leurs produits et services au plus près des besoins réels des personnes.

Il s'agit d'un projet remarquable que Nexem a identifié lors de son recueil de projets innovants en 2019. Nexem s'apprête à lancer sa deuxième campagne d’initiatives innovantes dont le but est de mettre en place un espace dédié en ligne pour présenter et valoriser tous les projets recueillis via notamment une cartographie interactive. 

Dans l’attente de la nouvelle campagne nous vous proposons de découvrir des projets identifiés en 2019 dont les retours d'expérience nous ont semblé intéressants.

Matthieu Lebleu, Directeur de l’ESAT et Justine Wehrle, chargée de mission à l’Espace CoLab ont accepté de répondre aux questions de la rédaction...


A quel stade d'évolution est votre projet et la crise sanitaire a-t-elle eu un impact ?

La communauté de l’Espace CoLab compte aujourd'hui 12 coworkers et d’une vingtaine de partenaires. Nous sommes dans une phase de déploiement, de rencontres et de prospection pour agrandir la communauté. Notre premier projet Living Lab a démarré.

Nous intensifions également la communication pour faire connaître ce projet innovant dans l’écosystème de l’entreprenariat et du handicap avec le lancement de notre site web en septembre 2020, la création d’une newsletter mensuelle, une vidéo et une infographie informatives et des publications régulières sur les réseaux sociaux.

Une belle surprise pour l’équilibre économique de notre projet a été le succès rencontré par les locations de salles. En effet, de nombreuses entreprises (Sanofi, Agefos PME, Sodexo, Pole Emploi...) nous font confiance pour louer des salles pour des réunions et des événements. Nous avons comptabilisé plus de 60 journées de location de salles sur l’année 2020. En louant des salles, nous répondons également à notre volonté d’inclusion et d’ouverture des ESMS sur le monde extérieur. Les participants à ces réunions découvrent ainsi l’ESAT et son fonctionnement lors de visites organisées par le directeur et déjeunent pour la plupart au restaurant « L’instant Gerland », atelier de l’ESAT où la cuisine et l’accueil des clients sont assurés par des travailleurs en situation de handicap.

Malheureusement, la crise sanitaire a significativement ralenti la croissance de notre projet. La majorité des réservations de locations de salles a été annulée et les coworkers sont beaucoup plus en télétravail. La prospection de nouveaux coworkers est difficile (évènements réseau trop rares) et les ateliers collectifs permettant de créer du lien entre coworkers et travailleurs en situation de handicap n’ont toujours pas pu être lancés.

Malgré tout, l’ESAT ayant continué ses activités, nous avons pu maintenir certains rendez-vous en visioconférence ou en présentiel, les coworkers peuvent venir au bureau s’ils le souhaitent et nous accueillions quelques réunions et formations en respectant les mesures de distanciation. Nous poursuivons nos rencontres partenariales en présentiel car pour connaître l’Espace CoLab, il faut "vivre" l’Espace CoLab.

Enfin, nous réfléchissons à de nouvelles manières de coworker notamment avec l'ajout de deux nouveaux bureaux fermés.


Quel(s) soutien(s) avez-vous pu trouver pour développer votre initiative (technique, financier, politique etc.) ?

L’Espace CoLab a deux soutiens financiers importants. Tout d'abord la fondation Malakoff Méderic qui soutient le projet dans sa globalité. Ensuite, la Région Auvergne-Rhône-Alpes qui soutient le premier projet du Living Lab en lien avec Auticiel. De plus, Sandrine Chaix, en charge des personnes en situation de handicap à la Région, relaie volontiers notre projet et diffuse nos actualités.

Dans le cadre du projet Living Lab, les entreprises CEGID et AKKA nous ont attribuer des mécénats de compétences en mettant à disposition les compétences des professionnels de leurs organisations et également des mécénats financiers. Le Centsept nous accompagne à l’acquisition de la méthodologie Living Lab pour que nous puissions ensuite être autonome sur cet axe.

Enfin, nous pouvons compter sur le soutien de nos partenaires, nos coworkers et sur les utilisateurs des salles de réunions pour parler de l’Espace CoLab et en faire la promotion par le bouche à oreille.


Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ? Par exemple en termes d’expertise acquise en gestion de projet, de dynamique transverse entre les métiers et ESMS, de coopération, de stratégie associative…

Le premier enseignement concerne la dimension partenariale. Le projet regroupant le monde du médico-social et le monde de l’entreprenariat, cela a permis d’ouvrir et de diversifier les sources et les types de financements, notamment grâce au mécènat.  

Le second enseignement concerne la gestion de projet. Le fait de collaborer avec des entrepreneurs et des start-up, nous a poussé à travailler et à développer le projet en mode « agile ». Le contexte sanitaire a intensifié cette façon de travailler de manière souple, flexible, réactive et créative. En effet, nous essayons d’adapter notre offre à chaque demande. Egalement, nous construisons le projet avec les membres de la communauté de l’Espace CoLab, toutes leurs idées, envies, propositions d’améliorations sont prises en compte.

Malgré le contexte, nous avons pu poursuivre les différents comités de pilotage, continuer à nous projeter dans l’avenir et dans les futurs événements que nous souhaiterions organiser.

Les réseaux sociaux et les visioconférences qui correspondent tout à fait aux pratiques du public visé par l’Espace CoLab, nous ont même permis de créer du lien avec des acteurs hors de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, en tous cas pour une première prise de contact. Sur certains aspects, la démocratisation des outils et des rencontres numériques a permis de faire tomber les freins à la situation géographique et à la rencontre en présentiel. Nous restons tout de même convaincus, qu’un tiers lieu tel que l’Espace CoLab doit être visité et testé pour en comprendre toute la dimension.

Le troisième enseignement porte sur les freins à l’innovation, qui sont aussi courants dans notre secteur médico-social que partout ailleurs. L’ouverture des institutions du médico-social à des acteurs extérieurs, issus de l’entreprenariat, de l’industrie ou du secteur privé pose beaucoup d’interrogations et peut créer des crispations au sein du milieu associatif.

Nous déployons beaucoup d’énergie à convaincre du bien-fondé de créer des passerelles entre l’associatif et le privé / l’entreprenariat, à la fois pour valoriser le travail et les compétences des travailleurs en situation de handicap, mais aussi celui des moniteurs qui les accompagnent. Il nous semble important de mobiliser chacun pour faire évoluer les mentalités des entreprises sur le handicap. Notre réel défi est de réussir à faire vivre en harmonie deux secteurs qui, en dehors des ESAT ou EA, n’ont pas l’habitude de collaborer pour un objectif commun : plus d’autonomie et plus d’inclusion pour les personnes accueillies à l’Adapei 69.

Téléchargez la plaquette Espace CoLab en cliquant ici.